Appel d’urgence
Appel d’urgence
Deux « records » battus en moins de 24 heures, ce 5 mai. A New York, « record » de profits pour les spéculateurs : le baril de pétrole brut passe le seuil des 120
dollars. A Paris, « record » de cynisme : avec « l’offre raisonnable d’emploi », le gouvernement prétend contraindre les chômeurs à accepter n’importe quel emploi pour 57,4 % du salaire
antérieur, sous peine de suppression de leur allocation ! S’ajoutant aux prétendus emplois seniors, aux 41 annuités de cotisation pour un départ à la retraite à taux plein, au blocage des
salaires, à la privatisation de la Sécurité sociale…, c’est toute la classe ouvrière et la jeunesse qui se trouvent projetées vers un « avenir » de misère et de précarité.
Un « avenir » déjà bien présent : « J’ai découvert des collègues qui dorment dans leur voiture. C’est concret : un jeune à bac + 2 qui gagne 950 euros par mois, comment peut-il y arriver ? Une
collègue a 1 050 euros par mois, comment peut-elle élever ses deux enfants ? », interroge, dans une réunion, un employé de la Sécurité sociale. A quoi un camarade de l’Education nationale répond
: « A l’occasion d’une réunion avec des personnels TOS, j’ai appris qu’une collègue était en train de perdre la garde de son enfant parce qu’elle ne peut plus se loger et dort aussi dans sa
voiture. »
Peut-on laisser faire ?
Les deux informations livrées au début de cet éditorial sont évidemment liées entre elles. C’est au nom de la « lutte contre l’inflation » que la Banque centrale
européenne enjoint à tous les gouvernements d’Europe — et particulièrement au gouvernement français — de tailler à la hache dans les revenus des chômeurs, des travailleurs, des retraités.
Mais qu’est-ce que l’inflation ? Une malédiction tombée du ciel ? Certainement pas ! Qu’on en juge. Un très officiel communiqué de presse de l’OCDE (1) établit à 3,2 % l’inflation annuelle en
France entre mars 2007 et mars 2008. Mais, hors « alimentation » et « énergie », l’inflation tombe à 1,5 %. Explication de l’OCDE : l’inflation des prix à la consommation s’élève en France sur un
an à 5,6 % pour les dépenses d’alimentation et à 12,7 % pour celles d’énergie (2).
Qui fixe les prix des produits alimentaires et énergétiques ? Les multinationales, les fonds de pension et autres institutions internationales, qui spéculent pour dégager des profits colossaux.
Et c’est pour ne pas contrarier ces appétits spéculatifs que des millions devraient être condamnés à la misère ?
Peut-on accepter ?
Un gouvernement qui ne serait pas aux ordres de la Banque centrale européenne prendrait les mesures qui s’imposent : le blocage des prix à la consommation et
l’augmentation générale des salaires et pensions. Encore faut-il pour cela ne pas craindre de rompre avec l’Union européenne.
Telle est la position du comité permanent pour un parti ouvrier indépendant, qui prépare le congrès de fondation des 14 et 15 juin. Cette position, il n’en fait pas un préalable : « Qu’on partage
ou non ces conclusions, quel travailleur, quel jeune, quel militant, quel responsable d’une organisation se réclamant du mouvement ouvrier pourrait-il accepter que les choses continuent ainsi ?
Qui pourrait s’opposer à la réalisation de l’unité sur les revendications communes ? » (CF APPEL DU COMITE PERMANENT).
Chacun peut le constater : le rejet de la politique du gouvernement Sarkozy-Fillon aux ordres de Bruxelles grandit de jour en jour. Dans tous les secteurs de la classe ouvrière et de la jeunesse
mûrit en profondeur un mouvement qui cherche à converger, dans l’unité d’action, avec les organisations, en particulier dans la grève interprofessionnelle le 15 mai.
Certes, les obstacles ne manquent pas, depuis les dirigeants de la CFDT qui font mine de défendre les retraites en revendiquant leur soutien au plan Fillon et au passage aux 41 annuités jusqu’aux
dirigeants du PS qui se félicitent de nouer, avec l’UMP, un « compromis historique bipartisan » pour la réforme des institutions.
L’appel lancé par le comité permanent n’a qu’un but : aider à forger l’unité sur des revendications précises, essentielles à la défense de
l’immense majorité de la population. Le comité propose à chaque comité local, à chaque membre fondateur d’en organiser la signature massive et de s’adresser ensemble, à tous les niveaux, aux «
responsables de tous les partis se réclamant du mouvement ouvrier et de la démocratie afin de leur soumettre cette proposition ».
C’est ainsi que nous contribuerons ensemble à construire le mouvement de millions et de millions qui cherchent une solution, et disent aujourd’hui à haute voix : « Ça ne peut plus durer, il y a
urgence ! »
(1) Communiqué du 29 avril 2008. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rassemble les pays européens, les Etats-Unis et le Canada.
(2) Le 6 mai, le gouvernement a annoncé une nouvelle hausse — la troisième en un an — du prix du gaz, de 1,9 % au 1er juillet ! Jusqu’où vont-ils aller ?